venez à moi mes frères, tous ceux qui font des ponts en alumettes, des mobiles avec des trombonnes, qui peuvent bailler cinquante fois par quart d'heure sans hausser un sourcil, ceux qui addddoooorent vincent Delerm, qui peuvent écouter une journée sa grand mère lui parler de l'origine de ses varices, ceux qui ont le poster de pascal Sevran et le pin's de richard Clayderman, ceux qui peuvent attendre 8 jours dans une file d'attente sans se décoiffer d'un cheveu, ceux qui pour la quinzième fois viennent de prendre un direct de leur gamin en rigolant, ceux qui ont la nostalgie du scoutisme....

Je vous appelle à moi dans la nouvelle église de chiantologie

que l'esprit du canton de vaux soit avec vous ! nageons dans les lacs pales et les mers d'huiles de l'ennui profond, réjouissons nous d'être au ralenti, de ne vivre que par l'envie de n'avoir aucune envie, de regarder ses pantoufles au pied parce que la mouche qui, s'est suicidée, déprimée d' être le seul interressement de notre journée, a préféré faire un piqué sous le saphir de notre tourne-disque, glorifions la buée sur notre fenêtre quand nous comptons les voitures blanches qui passent au pied de notre immeuble... notons dans un carnet secret le nombre de passage de la publicité qui vante les bas amincissant.... Dormons, quand les autres vivent

rejoignez la longue cohorte passive des mous du bulbe, qui ne peuvent aligner plus d'une pensée constructive par semaine...

Soyez les nouveaux prophètes de l'assoupissement de l'âme, soyez le valium bipède qui de part votre comportement ferez plus de dégats dans la vivacité d'esprit que des générations de marchands de sable n'auraient pu faire faire dodo aux petits enfants...

soyez les grains de sable, qui s'écoulant lentement useraient le béton et l'acier des ambitions, soyez la brise persistante, l'ongle sur le tableau noir, le zeste de citron sur la langue et l'exaspération des clones des nouveaux centre d'études de management...

Soyez lents, méthodiques, endormis, mous, nonchalants...

Roulez à 40 sur les nationales étroites, comptez 15 fois votre monnaie à la caisse, prenez le chariot qui grince, oubliez vos papiers aux administrations, ou mieux perdez ceux des autres quand vous travaillez dans les administrations, Ecoutez des 45 T de Tino Rossi en 33 T les fenêtres grandes ouvertes...

glissons, rampons, sinueux, visqueux et lascifs, coulons nous dans la société pour l'embouteiller dans son energie suspecte... lents, lentes, mous, molles, mes frères, venez à moi, doucement pour me sussurer du dostoïevsky, pour laisser aller votre langueur, votre morosité, votre médiocrité sublimée par l'inexistence de vos désirs, venez vous fondre dégoulinants de platitudes, d'inaptitudes, de la quète du rien au dénigrement de tout, venez être les flocons glacés qui éteignent le feu de l'energie de ce monde virevoltant à sa perte.... Venez, éleveur de chèvre du Larzac, fabriquants de cendrier en céramique, de cache pot en macramé, refondons cet univers dans les années saintes : les années 70, où la voracité du monde ne s'était qu'à peine éveillée, retissons des pat' d'eph., des chemises à fleurs et des sourires niais et pacifiques, c'est notre retour, car le hippies pourra ! Abattons ces faux temples de la consommation, où la vitesse règne, la productivité est maîtresse de tous actes, refondons ces petits métiers inutiles qui passent en fin de 13 h 00 chez J.P Pernault, réouvrons les boutiques poussièreuses, où l'on entends en fond de pensée, le lourd tictac de l'horloge qui guide la morosité de l'existence, livrons notre molle attitude à l'esprit de notre regrétté grand maître Georges Pompidou qui guidait notre flemme à travers les joies d'une époque qui retenait son souffle dans l'attente des ridicules années 80... Honorons le kitch, comme s'il était l'ornement , le seul, l'unique, de nos 3 pièces cuisines...

Branleurs, branleuses, fumeurs ou fils et filles de coupeurs de joints, générations perdues, ou générations des oubliés, que votre espoir succin, de revenir aux choses vraies, au temps retenu, à l'atmosphère pateuse, des moments de glandage sacrés, de l'optimisation des heures creuses, des siestes à rallonges sur les moments divins de digestion de confit de canard gras et lourds; testeurs de matelas, ou chancre des hamacs, moules bailleuses des bureaux étroits et sombres, adorateurs de la moquette orange sur les murs et des fauteuils en raffias, décorateurs en luminaires en plastique mauve, baveurs involontaires devant l'hight tech design des vaisseaux dans les épisodes de Cosmos 99, confectionneur de colliers de fleurs et apiculteurs 68 arts ariègeois, rénovateurs des petits chiens en plastiques qui bougent la tête sur la plage arrière des renault 16, refondons ces années Saintes, retrouvons le flower power extatique, les sittings dans l'herbe à fumer, et les pique - nique ensoleillés au bord de la nationale 7 à l'ombre du coffre de la DS Pallas, quand passent le vol de cyclistes éreintés.... Les campings au flots bleus dans les tentes familliales, les bermudas en velours à raies colorées, les chemises à carreaux, la couronne appelée aussi bob aux couleurs d'une marque de Pastis, le vrai temps des congés payés à l'ancienne...

Retrouvons ce temps de l'innocence perdue !